Interview avec François Libois
RCAE : François, peux-tu tout d’abord nous expliquer en quelques mots ton parcours, depuis tes séances d’initiation jusqu’à ta participation aux Championnats du Monde ?
François : Après un premier stage sans suite à l'âge de 10 ans à Wépion, je me suis réellement mis à ramer en 1998, peu avant d'avoir 13 ans. Deux mois plus tard, je faisais ma première compétition, surpris et heureux de ne pas être dernier. Le plaisir d’aller faire des courses m’est venu l’année suivante. Je ramais alors en junior 14 et les résultats, s’ils n’étaient pas brillants, étaient suffisants pour me motiver. A partir du milieu de la saison 1999 et pendant trois ans, j’ai eu un premier entraîneur à Dinant, en la personne de Marc Hamblenne. En parallèle, la participation à des stages de la ligue francophone m’a permis de faire beaucoup de progrès et fut une importante source de motivation. En 2001, j’ai pu participer à une première Coupe de la Jeunesse en tant que réserve. La saison 2002 – 2003 fut une année de transition. Je suis rentré à l’université et je n’avais plus d’entraîneur. Après une deuxième place en skiff au championnat de Belgique junior, cette année s’est finalement terminée par une victoire en huit à la Coupe de la Jeunesse. C’est à partir de là que j’ai commencé à travailler avec Abel Rosu. Il a complètement modifié ma manière de ramer et mon programme d’entraînement. C’est à partir de ce moment que je me suis vraiment entraîné correctement. Les résultats ont d’ailleurs suivi avec, entre autre une sélection en deux de couple poids léger, pour les championnats du monde des moins de 23 ans et universitaires. Cette saison, ce travail s’est poursuivi. Beaucoup d’entraînements avec l’équipe nationale s’y sont ajoutés, notamment dans l’optique du quatre de couple poids léger. Le bateau a bien fonctionné et les résultats ont suivi.
RCAE : François, peux-tu tout d’abord nous expliquer en quelques mots ton parcours, depuis tes séances d’initiation jusqu’à ta participation aux Championnats du Monde ?
François : Après un premier stage sans suite à l'âge de 10 ans à Wépion, je me suis réellement mis à ramer en 1998, peu avant d'avoir 13 ans. Deux mois plus tard, je faisais ma première compétition, surpris et heureux de ne pas être dernier. Le plaisir d’aller faire des courses m’est venu l’année suivante. Je ramais alors en junior 14 et les résultats, s’ils n’étaient pas brillants, étaient suffisants pour me motiver. A partir du milieu de la saison 1999 et pendant trois ans, j’ai eu un premier entraîneur à Dinant, en la personne de Marc Hamblenne. En parallèle, la participation à des stages de la ligue francophone m’a permis de faire beaucoup de progrès et fut une importante source de motivation. En 2001, j’ai pu participer à une première Coupe de la Jeunesse en tant que réserve. La saison 2002 – 2003 fut une année de transition. Je suis rentré à l’université et je n’avais plus d’entraîneur. Après une deuxième place en skiff au championnat de Belgique junior, cette année s’est finalement terminée par une victoire en huit à la Coupe de la Jeunesse. C’est à partir de là que j’ai commencé à travailler avec Abel Rosu. Il a complètement modifié ma manière de ramer et mon programme d’entraînement. C’est à partir de ce moment que je me suis vraiment entraîné correctement. Les résultats ont d’ailleurs suivi avec, entre autre une sélection en deux de couple poids léger, pour les championnats du monde des moins de 23 ans et universitaires. Cette saison, ce travail s’est poursuivi. Beaucoup d’entraînements avec l’équipe nationale s’y sont ajoutés, notamment dans l’optique du quatre de couple poids léger. Le bateau a bien fonctionné et les résultats ont suivi.
RCAE : On sait que tu parviens à combiner brillamment les études universitaires et l’aviron de haut niveau. Comment arrives-tu à réaliser cela ? Est-ce dû à une bonne organisation ? L’université te donne-t-elle des opportunités pour que tu puisses t’entraîner ?
François : Jusque maintenant, je n’ai en effet eu aucun problème à réussir cette combinaison. Durant ces trois premières années, l’université de Namur ne m’a guère octroyé de facilités. En partie faute de le demander – et d’en avoir absolument besoin – mais également parce que le sport de haut niveau est peu reconnu. En conséquence, chaque facilité doit être négociée et rien n’est prévu structurellement. Cette année, une date d’examen a été modifiée et la présence lors d’un week-end de retraite s’est transformée en un travail.
Le fait que j’aie déjà pu faire une année universitaire en étant junior a contribué à la réussite de mes études. Il faut aussi mettre en avant le fait que je peux compter sur des personnes fiables qui me donnent des notes lorsque je ne viens pas au cours – pour cause de stages ou de compétitions. Il faut en outre être bien organisé, être concentré au maximum lors du peu de temps passé devant ses feuilles… et surtout gérer son temps. En d’autres termes, rentabiliser au mieux « les temps morts » - étudier ou dormir dans le train, sur les temps de midi, etc. - et, dans la mesure du possible, limiter les pertes de temps inutiles – regarder la télévision, jouer à l’ordinateur, participer à des guindailles, etc. Et puis, le choix des études exerce également une influence dans le temps disponible. Comparativement aux disciplines scientifiques « dures », les études en sciences économiques ne demandent pas beaucoup de temps en travaux pratiques ou en laboratoire. L’horaire de cours reste donc raisonnable.
RCAE : En comparaison avec d’autres sportifs de haut niveau dans d’autres disciplines qui réalisent de bien moins bonnes performances (joueurs de foot par exemple…), l’aviron ne te permet pas de gagner ta vie… N’est-il pas frustrant de constater cela ?
François : A l’heure actuelle, l’aviron ne m’a rien permis de gagner, sur le plan financier. C’est certes un peu frustrant, surtout au vu du temps investi et de la perte de certaines opportunités comme le fait de pouvoir exercer un emploi rémunéré durant les vacances. D’un autre côté, le fait qu’il y ait très peu d’argent est aussi un atout. Les rameurs sont rarement dans ce sport pour les gains. C’est bien plus souvent par le plaisir et la passion que l’on continue dans ce sport. Les contacts humains y sont du coup nettement plus enrichissants, me semble-t-il. Et puis, je ne gagne peut-être pas ma vie sur le plan financier, mais j’accumule une expérience qui me sera utile à l’avenir. Que ce soit dans la gestion du temps, dans les relations humaines, etc.
RCAE : Quand et comment a-t-il été décidé de former le 4 national ? Chacun de vous 4 savait-il à l’avance ce qu’il allait endurer ? Quels étaient tes objectifs à ce moment-là ?
François : L’idée du 4 date de 2004. Après les Jeux et le résultat en demi-teinte du deux de couple poids léger belge, il fallait trouver une solution pour rendre le secteur poids léger belge compétitif pour 2008. Le double offrait peu de perspectives. Dirk Crois, l’entraîneur national, a estimé disposer d’un noyau de 4 ou 5 poids léger ayant un niveau correct sur le plan international. Il a donc lancé le projet de faire un quatre. Nous savions tous plus ou moins ce qui nous attendait : 7 entraînements pour une semaine calme, 10 pour une semaine classique, 15 à 16 pour une semaine de stage.. Pour Wouter et Justin, ils l’avaient déjà connu. Et si Kristof et moi n’avions pas encore ramé à ce niveau, la charge d’entraînement était assez facilement estimable. Pour ce qui est des courses, Wouter et Justin ont bien joué leur rôle et ont tout fait pour que nous nous sentions à l’aise et en situation connue. En ce qui concerne les objectifs, le quatre a peu changé la donne. Mon but était d’aller plus vite, de conserver au minimum ma place de quatrième poids léger belge, voir de l’améliorer. La perspective du quatre y a juste ajouté le défi de s’adapter parfaitement aux coéquipiers.
RCAE : Les autres rameurs du 4 étaient flamands ; avec ces derniers, comment se sont déroulés tes entraînements ? Ces derniers ont-ils été nombreux pour que le 4 puisse arriver jusqu’au niveau des Championnats du Monde ? Où vous entraîniez-vous ? Quid des déplacements ?
François : Il n’y a vraiment eu aucun problème de type linguistique, dans le bateau mais aussi avec l’encadrement. Nous sommes tous plus ou moins bilingue. Si quelqu’un ne comprend plus, il le dit immédiatement, et les problèmes n’ont pas l’occasion de surgir. Côté entraînement, pour être extrêmement précis, nous avons ramé 1300 kilomètres ensemble, ce qui représente plus ou moins 115 heures d’entraînement en bateau. Il faut ajouter à cela de nombreux entraînements en double, de la musculation, de la course à pied, … Cette année, nous avons déjà passé une centaine de journées ensemble, dans un but d’entraînement. Lors des entraînements collectifs, nous avons été à Bruges, Seneffe, Gand, Hazewinkel (Malines), mais aussi Séville. Les déplacements, sont à la longue, pesants. Surtout au niveau du manque de repos. Mais bon, on n’a rien sans rien… Et puis, beaucoup a été fait pour alléger la charge. Je suis très souvent allé loger chez Wouter ou Justin.
RCAE : Que conseillerais-tu aux juniors qui voudraient s’investir dans l’aviron et, qui sait, ambitionneraient arriver aux mêmes résultats que les tiens ? Leur dirais-tu que c’est une folie ou les encouragerais-tu ?
François : La première chose qu’il faut se mettre en tête, c’est que c’est possible. Rien ne sert de s’y voir tout de suite et sans effort, mais à chaque coup d’aviron, il faut chercher à s’améliorer, en ayant à l’esprit que chaque amélioration est un pas dans la bonne direction. Et puis, il faut aussi persévérer. J’ai vu trop de juniors, coéquipiers ou adversaires qui arrêtaient à dix-huit ans. C’est un véritable gâchis. Il faut s’accrocher et cela peut payer. Olivier Ek en est un autre très bon exemple au Sud du pays. Dernier point, mais tout aussi capital, un bon entourage me semble nécessaire. Bon prenant au moins le sens de compétent et stable. En bref, j’encouragerai toute personne à tenter l’expérience. Même si c’est une douce folie. L’aviron n’est pas un jeu. C’est un sport qui demande beaucoup d’efforts sur soi-même. Et ce n’est plus vraiment à la mode…
RCAE : Parlons un peu du Japon à présent. En dehors de la régate, as-tu eu l’occasion de visiter le pays, ou alors le paysage s’est-il limité au champ de course ? Et comment étais-tu pris en charge ? Est-ce que les frais étaient payés par le Fédération belge, la FISA ou est-ce que tu prenais tout à ton compte ?
François : Heureusement nous avons pu visiter le pays. Principalement grâce à un typhon qui a amené la FISA à interdire de ramer. Nous avons donc été une journée à Kyoto. Jusqu’à la fin des courses, nous étions totalement pris en charge par l’organisation pour la logistique de base, avions une guide qui veillait au grain, un chef de délégation qui s’est chargé de l’organisation du séjour sur place et deux entraîneurs qui stressaient à notre place. Durant deux semaines et demi, jusqu’à la finale, c’est la fédération belge qui supportait les coûts. En gros, on ne devait se soucier de rien. Après les courses, nous sommes allés faire un peu de tourisme à Tokyo. L’organisation et les frais y étaient à notre charge. Quant au Japon en lui-même, c’est un pays qui me laisse un peu sceptique. J’hésiterai à deux fois avant d’y aller en vacances. Ceci est cependant un avis très personnel et ma déception vient du fait que j’ai été très peu au contact de la nature. Une personne aimant les grandes villes aurait vraisemblablement un autre point de vue sur la question.
RCAE : Quels contacts entretenais-tu avec les rameurs des autres pays ? As-tu eu l’occasion de faire des rencontres ou est-ce que l’esprit de compétition qui régnait était tel que tout contact était superficiel ou limité aux réglages des bateaux ?
François : Le fait d’être resté longtemps sur place, dans des conditions très changeantes a certainement contribué à augmenter les contacts avec les autres équipes. Etant dans le même hôtel qu’une dizaine d’équipes nationales dont celle de France, d’Australie, du Canada, de Norvège, du Danemark, etc. les contacts ont été assez nombreux. La plupart des contacts sont superficiels, au départ. Cela n’empêche pas de nouer, au fil des années, des relations assez amicales avec certains rameurs. Personnellement, c’est majoritairement avec des Français que j’ai discuté. Et comme, on se revoit de compétitions en compétitions, l’entente s’améliore et les discussions sont plus profondes. Quant aux sujets de conversation principaux, ils étaient d’abord et avant tout, à propos des conditions météo, puis de la culture japonaise, et ensuite d’anecdotes liées à l’aviron. Sans oublier des discussions quant aux programmes d’entraînements, aux exercices, et de temps à autre au sujet des études. En fait, en somme, très enrichissant et assez détendu, sauf peut-être la soirée précédant une course.
RCAE : Au final, cette deuxième place aux Championnats du Monde a-t-elle eu des répercutions de près ou de loin sur toi, ton club ou tes coéquipiers ? Ou bien est-ce un fait anodin à Dinant ?
François : Cette deuxième place nous donne avant tout une certaine assurance pour affronter les années à venir. Il est plus aisé de répondre à des journalistes, de présenter le projet des poids légers pour 2008 et d’essayer de trouver des sponsors. Mais faciliter ne veut pas non plus dire que tout va tout seul. Pour obtenir une interview c’est à nous de chercher. Très peu de journalistes viennent d’eux-mêmes à la recherche d’informations, par exemple. Même si la prestation est de très bon niveau et qu’une fois informés, les interlocuteurs le réalisent plus ou moins, ils ont rarement connaissance des résultats obtenus. C’est toute la différence avec les sports médiatisés.
En ce qui me concerne plus spécifiquement, le club de Dinant aime faire la fête, cette deuxième place fut donc une belle occasion de se réjouir. L’accueil y fut très bon. C’était d’ailleurs assez amusant de voir que certaines personnes réalisaient seulement le niveau auquel je ramais. Un peu comme si du jour au lendemain, elles intégraient le fait que je ne sois plus un débutant. Pourtant les résultats que le quatre a obtenu ne sont pas arrivés de nulle part. Si espérer ouvertement une médaille était rare, beaucoup de rameurs réalisaient que quelque chose était possible. La Ville de Dinant a quant à elle mis un bus à la disposition du club pour aller m’accueillir à Zaventem et elle m’a remis un brevet de reconnaissance. La réaction dans le monde de l’aviron fut un peu différente. Moins festive, mais montrant un certain respect vis à vis de la prestation.
RCAE : Quelles sont tes ambitions pour le futur au niveau national et international ? Une nouvelle participation aux Championnats du Monde ? Une inscription aux J.O. dans une autre catégorie ?
François : Ma première ambition dans le futur sera avant tout de continuer à obtenir de bons résultats sur le plan universitaire. Au niveau sportif, c’est premièrement de m’améliorer. Au niveau national, je désire ardemment être dans le premier bateau poids léger belge. A l’heure actuelle, l’objectif est de former un quatre de pointe poids léger. Rester dans les quatre premiers belges sera donc un minimum, et m’adapter parfaitement à la pointe sera nécessaire. Pour les années à venir, sur le plan international, le but sera de prendre une place dans les huit premiers aux championnats du monde à Eton en 2006, ramer une finale et se qualifier pour les Jeux Olympiques lors des championnats du monde de Munich en 2007, et enfin bien ramer la finale des Jeux Olympiques de Pékin, dans la catégorie quatre de pointe poids léger. C’est évidemment assez ambitieux, mais les résultats obtenus cette année par le quatre de couple poids léger sont encourageants et constituent un pas dans la bonne voie.
RCAE : Merci d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions !


